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JEAN-FRANÇOIS MOREAU SE MET EN CONGÉ DE L'ADAMAP POUR DEUX ANS

A la suite d'une AG cafouilleuse et neuf ans d'actions en faveur du Musée de l'AP-HP et de l'ADAMAP, le président d'honneur a décidé de s'en retirer provisoirement à partir du 31 décembre 2013...

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LE NOUVEAU BLOG DE L'ADAMAP EST OUVERT

http://adamap.over-blog.com devient le site officiel de l'ADAMAP. www.adamap.fr devient un fond historique gelé géré par l'ACSATIM...

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LA MUSÉOLOGIE HOSPITALIÈRE DEVIENT UNE RÉALITÉ

24 janvier 2014: 2e Vendredi International de Muséologie Hospitalière = "Les Hôtel-Dieu de France et d'ailleurs". 28-30 avril 2014 à Lyon 12 heures de Muséologie Hospitalière au 5e Congrès de la Société Française d'Histoire des Sciences et des Techniques

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Good bye Mireille Faugère... Good morning Martin Hirsch...

Quelles conséquences sur l'implantation du Musée de l'AP-HP dans l'Hôtel-Dieu?...

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Avec bientôt 400 années d'existence, l'hôtel de Miramion, qui abrite le Musée de l'Assistance Publique depuis 1934, s'offre aujourd'hui comme l'un des témoins des trois âges de ce quartier de la rive gauche. Le premier, qui s'étend du XIIe siècle à la Révolution, est marqué par la présence de vastes domaines monastiques et universitaires ; un climat de spiritualité et d'étude oriente le développement du quartier du Chardonnet - enclave dans les terres de l'abbaye de Sainte-Geneviève -, que distingue à partir du XVIIe siècle l'action charitable et militante de quelques grands acteurs de la Contre-Réforme. Le second, qui correspond à l'entrée dans l'âge industriel, est aussi celui du développement d'un urbanisme moderne symbolisé ici par la percée en 1855-1859 du boulevard Saint-Germain : la vie quotidienne y prend une tonalité nouvelle avec l'activité de “fabriques” installées dans des bâtiments que les mesures révolutionnaires de sécularisation ont voué à la reconversion. Enfin et depuis le coup d'envoi donné par l'action de la Commission du Vieux Paris dès le début du XXe siècle, l'âge touristique et patrimonial marque de son empreinte l'esprit et la vie de ces bords de Seine.

Bernardins, “Miramiones” et autres religieuses de la Miséricorde

Depuis le XIIe siècle, les cisterciens de Saint-Bernard - ou Bernardins - sont les propriétaires d'un vaste terrain qui répond aux besoins de leur vie monastique. Mais le coût d'entretien des bâtiments les contraint dès 1490 à lotir successivement un certain nombre de parcelles. Au cours du XVIe et du XVIIe siècles, leur territoire est ainsi tout d'abord cerné puis inexorablement grignoté par des constructions opulentes . Des familles puissantes, titulaires de charges importantes saisissent là l'occasion de se faire édifier leur hôtel particulier. A côté de l'hôtel de Nesmond et de l'hôtel de Selve, Christophe Martin, conseiller d'Etat, intendant et contrôleur général des écuries du roi, se fait construire le sien qui intègre un bâtiment de la fin du XVIe siècle, bâti le long de la Seine. Les travaux, confiés peut-être à François Mansart , se déroulent de 1630 à 1633. Le terrain qu'il acquiert autour de son hôtel prend la dimension d'un véritable parc, limité au sud par l'église Saint-Nicolas du Chardonnet, à l'est par l'église du couvent des Bernardins.
Mais le train de vie brillant dont l'hôtel de Christophe Martin († 1660) offre le cadre représente comme une parenthèse dans l'histoire du bâtiment, car son rachat en 1675 par Marie de Miramion convertit le bâtiment à des fonctions pieuses et charitables, en accord avec le climat de dévotion du quartier. Jeune veuve fortunée, admiratrice puis proche collaboratrice de Vincent de Paul, Madame de Miramion (1629-1696) voue sa vie aux secours et à l'édification religieuse des pauvres de sa paroisse. Dame de Charité, elle fonde une communauté de sœurs séculières - les Filles de Sainte-Geneviève , bientôt surnommées les “Miramiones” - consacrées aux soins des pauvres et à l'enseignement des petites filles . Son ardeur l'amène en 1687 à faire l'acquisition du bâtiment mitoyen, l'hôtel de Selve, pour y accueillir des retraitantes de toutes conditions ; les deux édifices partagent désormais un même destin. Cette activité se poursuit jusqu'à la Révolution et ce n'est qu'en 1794, par un décret de la Convention du 16 brumaire an III, que la communauté est dissoute. Devenu bien national, l'hôtel de Miramion hébergera encore, entre 1806 et 1812, la congrégation charitable des Religieuses de Notre-Dame de la Miséricorde.

Le règne de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH)

A partir de 1812 et jusqu'en 1974, l'hôtel de Miramion devient le théâtre d'une activité qui prend rapidement la dimension d'une industrie : celle de la production des médicaments répondant aux besoins des hôpitaux, maisons de secours et dispensaires réunis au sein de la grande administration laïque instituée en 1801 : le Conseil Général des Hospices . On mesure mieux ce que représente une telle activité lorsqu'on se souvient qu'au début du XXe siècle, la PCH approvisionne parallèlement quelque 130 établissements et services de la région parisienne (prisons, écoles, sociétés privées de charité, etc.).
Le bâtiment avait déjà subi de profondes modifications, entre l'an II et l'an III (1794 et 1795) (dont la destruction de l'aile intermédiaire entre la cour de l'hôtel de Selve et celle de l'hôtel de Miramion), avec l'installation d'ateliers de fabrication de canons de fusils et de baïonnettes, puis celle d'une fabrique d'indiennes en 1796. C'est cependant au nom de son passé que l'hôtel de Miramion a été remis en 1795 (an IV) à la nouvelle administration des hospices civils.

Achat, fabrication, essais, contrôle, conditionnement, distribution, mais aussi suivi et inspection des pharmacies hospitalières, telles sont les missions de la PCH qui soumet ses nouveaux espaces aux exigences de son bon fonctionnement. On ne s'étonnera donc pas que le développement de ses activités, qui suit l'essor et les progrès des sciences biochimiques, se heurte vite aux contraintes du bâtiment. Décidément trop à l'étroit, la PCH est aussi reconnue potentiellement dangereuse pour le voisinage ; son transfert dans de nouveaux bâtiments en banlieue est évoqué dès 1901 au sein du Conseil de surveillance de l'Assistance Publique . Celui-ci projette l'aliénation de l'immeuble pour faire face au coût de l'opération - certains de ses membres suggèrent sa destruction pour tirer un meilleur parti de la vente du terrain.
Mais c'est à ce moment-là que la question du patrimoine s'affirme comme une préoccupation nouvelle, sérieuse et légitime, qui appelle de vraies réponses. Le Conseil municipal de Paris, la Commission du Vieux Paris et le ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts entrent alors en scène.

« Une merveilleuse attraction » ou la défense du patrimoine

Deux phénomènes se conjuguent à peu près au même moment : l'intérêt pour le patrimoine mobilier et la sauvegarde du patrimoine immobilier, qui se cristallisent dans les premières décennies du XXe siècle, avec la décision de protéger l'hôtel de Miramion et de le reconvertir en musée .
Ces deux mouvements sont inséparables de la formidable conversion des hôpitaux aux évolutions d'une médecine devenue scientifique et technique ; ils en sont comme l'ombre portée. Entre 1880 et 1920, la diffusion du modèle de l'architecture pavillonnaire, les nouvelles règles du pastorisme, l'essor des technologies médicales, sans oublier, et comme en toile de fond, l'affirmation d'une laïcité militante, précipitent au sein du milieu hospitalier l'avènement d'une ère nouvelle : celle de la modernité, qui s'accompagne de la disparition programmée d'un paysage matériel. Et cette disparition porte atteinte à la mémoire et à l'identité de l'institution. Ce n'est cependant que sous la pression - voire la contrainte - de ses tutelles que l'Assistance Publique, d'abord préoccupée de la bonne marche de ses établissements, se résout à organiser cette sauvegarde : 1880, premier inventaire des objets d'art dispersés dans les établissements ; 1887, premiers versements de pièces de faïences au futur musée de l'hôtel de Miramion, défini à cette date comme “musée de la pharmacie” ; 1910, publication de l'inventaire dit “Fosseyeux” ; 1933, travaux d'installation du musée puis ouverture au public le 28 avril 1934 .
Pendant ce temps, et après les rapports en 1902 puis en 1920 de la Commission du Vieux Paris, l'hôtel de Miramion a enfin fait l'objet, en 1926, d'une mesure de protection, qui porte sur « les façades sur cour et sur jardin (...), ainsi que le plafond à poutres peintes et les boiseries du XVIIe s. de la salle du rez-de-chaussée » . Mais c'est la formule de l'inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques qui a été retenue, pour vaincre la résistance opiniâtre de l'Assistance Publique à la menace d'un classement, perçu comme incompatible avec la poursuite normale des activités de la PCH.

Près de cinquante années auront été nécessaires pour concrétiser ce projet de musée, à première vue “contre-nature” à l'intérieur d'un hôpital. Sa place au sein de la grande institution est demeurée fragile, en dépit des importants développements qu'il a connus et qui en font le plus ancien et le plus riche musée hospitalier en France. Mais l'idée s'en est finalement imposée, en même temps que s'imposait l'engagement du monde hospitalier dans les voies du progrès, l'une n'allant peut-être pas sans l'autre.

Anne Nardin,
Le Musée de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris in Les Musées parisiens.
Histoire, architecture et décor, sous la direction de Béatrice de Andia,
Action artistique de la Ville de Paris, coll. Paris et son patrimoine, 2004