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JEAN-FRANÇOIS MOREAU SE MET EN CONGÉ DE L'ADAMAP POUR DEUX ANS

A la suite d'une AG cafouilleuse et neuf ans d'actions en faveur du Musée de l'AP-HP et de l'ADAMAP, le président d'honneur a décidé de s'en retirer provisoirement à partir du 31 décembre 2013...

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LE NOUVEAU BLOG DE L'ADAMAP EST OUVERT

http://adamap.over-blog.com devient le site officiel de l'ADAMAP. www.adamap.fr devient un fond historique gelé géré par l'ACSATIM...

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LA MUSÉOLOGIE HOSPITALIÈRE DEVIENT UNE RÉALITÉ

24 janvier 2014: 2e Vendredi International de Muséologie Hospitalière = "Les Hôtel-Dieu de France et d'ailleurs". 28-30 avril 2014 à Lyon 12 heures de Muséologie Hospitalière au 5e Congrès de la Société Française d'Histoire des Sciences et des Techniques

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Good bye Mireille Faugère... Good morning Martin Hirsch...

Quelles conséquences sur l'implantation du Musée de l'AP-HP dans l'Hôtel-Dieu?...

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Le musée de l'AP-HP

www.aphp.fr/musee - > Communiqué de presse des expositions au musée de l'APHP

 

Editorial du Directeur Général de l'AP-HP

Il y a cinq ans déjà, quelques professionnels de santé, anciens de l'AP-HP ou non, passionnés par le patrimoine hospitalier se réunissaient aux côtés de l'équipe du Musée pour créer l'Association des Amis du Musée de l'AP-HP, mieux connue désormais sous le nom d'ADAMAP. Sensibles à la valeur de témoignage d'équipements et d'objets qui, pour la plupart, les avaient accompagnés tout au long de leur vie professionnelle, et désireux de contribuer à l'enrichissement des collections et à leur connaissance par le plus grand nombre, les « Amis » ont, depuis 2003, développé une collaboration fructueuse avec le Musée au travers de multiples échanges et d'événements partagés.
Qui dit amis dit présence, accompagnement, soutien ... Je forme des vœux pour que grâce à ce nouveau site, l'association développe sa visibilité et s'épanouisse. Puisse-t-elle continuer à réunir toutes les personnes prêtes à soutenir l'action du Musée et à s'engager en sa faveur, pour son plus grand rayonnement.

Benoît Leclercq
Directeur Général de l'AP-HP

 

Que l'hôpital puisse fournir la matière et le thème d'un musée surprend encore. Pourtant cette étrange absorption du monde hospitalier dans la sphère du musée ne doit rien à l'engouement de ces vingt dernières années. La connexion insolite de ces deux mondes s'ancre dans un passé déjà lointain et la création du « Musée Historique et Artistique des Hôpitaux de Paris » en 1934, après plus de cinquante ans de préparatifs et de débats, représente en France sa première expression. Son ouverture a été précédée de trois expériences dans le cadre des Expositions Universelles de 1878, 1889 et 1900, à Paris, qui ont permis à l'institution de vérifier le bien-fondé et l'efficacité de la présentation au public des objets de son passé.
Mais si la création du Musée de l'Assistance Publique n'est pas séparable du mouvement d'intérêt en faveur du patrimoine technique et industriel qui traverse tout le XIXe siècle, elle témoigne surtout des transformations profondes qui affectent le monde hospitalier en l'espace de quelques décennies. La naissance du musée en représente comme l'ombre portée.

Un musée dans un hôpital

Dans le dernier tiers du XIXe siècle, l'hôpital aborde aux rives du progrès, un progrès qui s'annonce continu et illimité puisqu'il s'appuie désormais sur la maîtrise de nouvelles technologies et de leurs applications médicales. C'est à ce moment que certains, parmi les hospitaliers, se retournent vers le passé pour mieux prendre la mesure du chemin parcouru. Les documents exhumés des archives à l'occasion des expositions universelles révèlent les lignes de force d'une trajectoire dont se dégage le sentiment d'une continuité, constitutive de l'identité hospitalière. Leur présentation rend hommage aux valeurs de charité et de compassion qui ont porté l'édification de l'institution jusqu'au seuil de sa médicalisation au début du XIXe siècle. Car au même moment, la diffusion des découvertes de Pasteur sur les micro-organismes engage l'une des plus spectaculaires réformes de l'organisation et du fonctionnement des hôpitaux. La lutte contre la contagion repose à présent sur les règles de l'hygiène hospitalière - antisepsie et asepsie - qui imposent une architecture, des outils et des comportements nouveaux. Parallèlement, la production industrielle des médicaments condamne les anciennes collections de faïences pharmaceutiques. Enfin, le programme de laïcisation du personnel soignant engagé par l'Assistance Publique dès les années 1880 s'accompagne de la disparition - excepté dans les chapelles - de toutes les peintures et sculptures religieuses, jugées incompatibles avec le devoir de neutralité d'une institution laïque.
Autrement dit, c'est bien la réalité matérielle de l'ordre ancien qui disparaît, comme l'une des conditions de la conversion de l'hôpital à la modernité. Les acteurs de ces transformations, pour la plupart animés de la conviction que le progrès est devant eux, à portée de main, n'en subissent pas moins le contrecoup, comme une succession de ruptures qui les ébranlent et font vaciller leurs repères. Les conditions sont alors réunies pour que nombre de ces objets, débarrassés de leur valeur d'usage, se chargent d'une dimension affective, qui à son tour les investit d'une fonction inédite, celle de témoigner de “ce qui a été”, comme une dernière passerelle à maintenir. Bien sûr ce mouvement de sauvegarde et de valorisation ne s'est pas fait sans hésitations, débats et résistances. Ce ne sont pourtant pas les pressions conjuguées du Conseil Municipal (dès 1880), de la Commission du Vieux Paris, de la Préfecture de la Seine et du Ministère de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts qui en ont eu raison à elles seules. La protection en 1926 de l'Hôtel de Miramion1, qui fige les activités de la Pharmacie centrale des hôpitaux et par là programme son transfert, constitue certes un jalon important car elle rend soudain acceptable le projet d'un espace dédié à la présentation des collections. Mais la création du musée, lorsque la décision en fut prise par la Direction Générale en 1932, est devenue une nécessité. Il y va de la mémoire et de l'identité de l'institution.

L'hôpital au musée

Commence alors un long apprentissage, à la recherche du sens à donner à la réunion de ces objets offerts au regard, si disparates et si loin de la réalité sensible de l'hôpital. Car il s'agit bien de reformuler le passé c'est-à-dire de reconstruire la lisibilité d'une trajectoire, projet dans lequel se joue la fonction du musée, au-delà de l'attachement nostalgique. Bien des intentions s'expriment ainsi dans ces mises en scène successives, composées à partir de prélèvements différents au sein des collections. Le légendaire n'en est pas absent, tour à tour revendiqué ou induit par une sélection qui privilégie longtemps la dimension artistique en rassemblant des œuvres privées de tout commentaire. Un souci d'enseignement s'y exprime également à l'égard du personnel, à des fins « d'instruction », puis de « culture d'entreprise » dans laquelle s'immisce une préoccupation nouvelle, celle de la “communication”. Longtemps, l'histoire compose avec des intentions qui la tiennent à distance, mais dont elle s'affranchit progressivement - ici comme ailleurs. La reproduction de tels assemblages, tous porteurs de discours, serait aujourd'hui frappée d'illégitimité, chaque formulation répondant aux préoccupations et aux besoins d'une époque. La nôtre aspire sans doute à une plus grande objectivité, avec le souci de déchiffrer un monde hospitalier toujours plus complexe. A cet égard, la diversité des collections réaffirme une nouvelle fois leur valeur de gisement, à la fois témoins, objets d'enquêtes, supports de discours, ressources indéfiniment recyclables et toujours offertes à notre capacité d'étonnement.

1- L'Hôtel de Miramion est inscrit à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques par l'arrêté du 22 février 1926, procédure qui se passe du consentement du propriétaire.

"Quand l'hôpital invente son musée"
in numéro hors-série de la revue Beaux Arts Magazine, septembre 2005.